Dimanche 2 mars 2008
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A partir de 14h30, jeudi 28 février, la dynamite ne cessait de raisonner place Murillo à La Paz. Signe infaillible que les syndicats des mineurs de Potosi et d’Oruro se sont joints aux autres
mouvements sociaux du pays qui occupent la place dite « des trois pouvoirs » (législatif, exécutif et religieux). Cette présence vise à établir un « cerco », sorte de siège,
autour du Congrès national où se sont réunis en session extraordinaire députés et sénateurs boliviens afin d’adopter la nouvelle Constitution Politique de l’Etat (CPE) et de fixer la date du
référendum. Le motif officiel du « cerco » était de faire adopter plus vite la nouvelle CPE, le « dialogue » entre le gouvernement et l’opposition étant au point
mort.
Vendredi à 7hOO du matin, sur la même place, Evo Morales promulgue les trois lois approuvées le jeudi à 20h15. Ces lois ont fixé les
deux convocations nationales au 4 mai prochain (adoption de la nouvelle CPE et une question concernant l’interdiction du système latifundio) et rendu illégaux les référendums
« sécessionnistes » des départements de Santa Cruz et du Béni prévus respectivement pour le 4 mai et le 1er juin. Face à la place bondée, sur une estrade partagée avec son
Vice président (Alvaro Garcia Linera), quelque uns de ses ministres et les principaux responsables syndicaux, le président de Bolivie prononce son discours entrecoupé par les acclamations des
divers mouvements sociaux présents (Cocaleros, Mineurs, Organisations paysannes, …).
Une tradition nationale, « l’illégalisme »
L’opposition, notamment à travers la presse quotidienne qu’elle détient, s’est empressée de déclarer illégale l’adoption de la CPE
par le Congrès. Il est vrai que les députés et sénateurs de l’opposition ont souvent été bloqués à l’entrée de l’édifice législatif par les manifestants. Une députée de Cochabamba, Ninoska
Lazarte, a même été molesté et prise a parti par la foule sans que les policiers n’interviennent réellement. De plus le chiffre de parlementaires présents dans l’hémicycle durant la nuit n’a pas
été divulgué. Ainsi l’opposition affirme que la procédure de vote requérant les deux tiers de tous les élus (soit 104 législateurs) , nécessaire à un tel changement constitutionnel, n’a pas été
respectée. « La population doit commencer à ne plus reconnaitre le gouvernement pour la quantité d’illégalités qu’il réalise ») a déclaré le député Oscar Urenda de PODEMOS (principal
parti d’opposition représentant la droite conservatrice) . Il convient de rappeler que ce parti, crée en 2005, est le descendant direct, ainsi qu’une partie de ses membres, du parti Action
Directe Démocratique (ADN) fondé par l’ex-dictateur Hugo Banzer. Et l’opposition a beau jeu de diriger la majeure partie de ses critiques sur l’illégalité des démarches du gouvernement. Car comme
le rappelle l’avocat constitutionnaliste , Carlos Alaxon, dans un article du 26 février paru dans le quotidien paceño La Razon, relatif aux statuts autonomistes des départements de la
« média luna »[i], leurs
démarches sont inconstitutionnelle s donc également illégales. Il prend l’exemple de l’Assemblée législative départementale que veux créer Santa Cruz. La création d’une telle institution
établirait selon lui une concurrence législative avec le Congrès national. « Inconstitutionnalité du produit » déclare-t-il, tout comme le désir de créer un gouverneur
départemental avec des prérogatives beaucoup plus grandes que celles dont disposent aujourd’hui les préfets. Seul l’Etat est en droit d’impulser de tels changements selon la Constitution
actuelle.
La radicalité des deux camps se durcie
« Le pays est au bord de la division » affirme Le sénateur Carlos Böhrt (PODEMOS). Et cette déclaration n’est pas un
euphémisme, c’est peut être le seul point d’analyse sur lequel tout le monde est désormais d’accord, gauche et droite confondues.
Le vendredi après le discours de Morales, un des participants au « cerco », Justino Marca (président de Coraca Protal, une
association de paysans de Cochabamba) affirme avoir fait le déplacement pour « soutenir Evo et la nouvelle CPE » ; « regardes tous sont venus, femmes et hommes, il est
important d’être ici pour montrer notre détermination … ». Les journalistes de la grande presse se sont fait sortir jeudi de la place sous les crachats et parfois les coups, « Presse
vendue ! Presse menteuse ! » pouvait-on entendre au sein de cette grande cacophonie. Symbole, s’il en était encore besoin, de la fracture existant entre la représentation des
événements offerte quotidiennement par les médias et une grande partie de la population. Et tandis que vers midi tous les mouvements sociaux fêtaient « leur victoire » en s’apprêtant à
libérer la place Murillo, l’opposition parlait déjà de ce jour « fatidique » et irréversible qui constitue pour elle « un attentat contre la démocratie ». L’Eglise s’en mêle
également, la Conférence Episcopale de Bolivie jugeant que ce « cerco » témoigne « d’une dépréciation de la vie et d’un exercice irresponsable de la pression ».
Chaque acteur campe sur ses positions de manière toujours plus ferme et déterminée. En dépit de la loi déclarant illégal tout
référendum organisé par les départements portant sur leur propre autonomie, Ruben Costas, préfet de Santa Cruz et principal opposant d’Evo Morales, confirmait le maintien de la date du 4 mai pour
sa consultation électorale. Il ajoutait que « s’était installé dans le pays une dictature déclarée comme-t-elle ». La palme de la citation la plus provocante revenant comme de coutume
au préfet de Cochabamba, Manfred Villa Reyes, « le Vice président Garcia Linera a prouvé qu’il cherchait un bain de sang avec l’appui des militaires vénézuéliens ». Mais du côté du
Mouvement vers le Socialisme (MAS) on se félicite « de ce succès de la démocratie qui va se voir confirmer par la majorité du pays le 4 mai prochain ». Le rendez vous est donné. Mais il
est probable que des affrontements comme a connu le pays au cours de l’année 2007, à Sucre et Cochabamba notamment, commencent avant la sanction du problème par les urnes.
Geoffrey
[i] Car la géographie des 4 départements
concernés : Béni, Pando, Tarija et Santa Cruz forment une sorte de croissant, une demi-lune.