Cochaltura

A18h lundi 7 janvier, s’est déroulée une réunion entre le président de Bolivie, Evo Morales, et les 9 prefets départementaux qui pourrait bien peser sur l’agenda politique du pays pour les prochain mois. Ce rendez vous intervient après des mois de « dialogue » interposé à travers les médias entre les 5 prefets de l’opposition (ou de la « media luna »)[i] et Evo Morales. Le principal point de désaccord porte sur la nouvelle Constitution adoptée le 8 décembre dernier, à Oruro, par l’Assemblée Constituante formée par le gouvernement et constamment boycottée par l’opposition.
Les discussions se sont centrées autour de trois tèmes principaux : le problème des autonomies départementales, l’impot direct sur les hydrocarbures (IDH), et la nouvelle Constitution. Un référendum doit avoir lieu obligatoirement 6 mois au plus tard après l’adoption de la nouvelle Constitution ce qui fait du 8 juin la date buttoir. Mais Evo Morales s’est rendu compte que gouverner sans détenir la majorité des 9 départements est chose difficile. Il a donc décidé de remettre son mandat et ceux des préfets en jeu courant 2008, il recherche ainsi une sorte de deuxième légitimation par les urnes à peine deux ans après son élection à la tête de l’Etat.
Le premier problème concerne la loi no 3791 dite « renta dignidad » (ou « la Renta Universal de Vejez » promulguée le 28 novembre 2007) et son financement. Cette loi vise à délivrer une pension de 200 bolivianos par mois (soit environ 20 euros) à chaque personne de plus de 60 ans ne percevant aucune autre aide et 150 bolivianos (soit environ 15 euros) pour celle touchant déjà une pension. L’application de cette loi, en vigueur depuis le 1er janvier 2008, bénéficie à environ 676000 personnes pour un coup annuel de 200 millions de dollars. Le gouvernement espère ainsi faire passer la pauvreté extrême de 37.7 pour cent en 2006 à 19.7 pour cent en 2015.
Le gouvernement a décidé de financer ce projet à travers un prélèvement de 30 pour cent de l’impôt sur les hydrocarbures (IDH) que perçoivent les départements. Le sénat (détenu par l’opposition) proposait que le financement de cette loi se fasse à travers un impôt sur les transactions financières et les bénéfices de la Banque Centrale de Bolivie, moyens utilisés en ce moment pour payer la dette extérieure de la Bolivie. Le véritable enjeu derrière cette loi est celui de la répartition du pouvoir entre l’Etat et les départements et par conséquent d’une certaine conception de l’Etat bolivien. Ce qui lie inextricablement ce problème à celui de la nouvelle Constitution et des autonomies départementales.
Premièrement il faut noter qu’en Bolivie les préfets sont élus dans leurs départements respectifs, ce qui leur confère une légitimité particulière. C’est pour cette raison qu’il leur a été possible d’engager un bras de fer avec le gouvernement : chose évidemment impossible dans un pays comme la France. Tout a commencé il y a 3 ans avec le département de Santa Cruz. Ce département, qui est le plus grand et le plus riche des neufs départements boliviens, est le premier à avoir exigé son autonomie. A cette époque le président de Bolivie était Carlos Mesa, c est lui qui a accordé l’élection au suffrage universel des neufs préfets antérieurement nommé par le président. Les premières élections départementales se sont tenues en même temps que l’élection d’Evo Morales. Aujourd’hui cinq départements (les cinq détenus par l’opposition et accessoirement les cinq plus riche) ; Beni, Pando, Cochabamba, Tarija et Santa Cruz réclament plus d’autonomie.
La nouvelle Constitution n’a pu être rédigée dans des conditions propices à son installation dans le temps. Les différentes villes où siégeaient les constituants ont été le théâtre d’affrontements violents entrainant même la mort de quelques personnes. Comme à Sucre, où les étudiants hostiles au gouvernement de Morales, ont obligé la Constituante à finir son travail à Oruro. La police a déclaré « ne pas se sentir en sécurité » à Sucre… Il avait même été envisagé pendant un moment de ’’délocaliser’’ la Constituante en plein milieu du Chapare dans le département de Cochabamba afin que les Cocaleros (puissants syndicats des producteurs de coca dont est issue Morales) puissent assurer sa sécurité tant l’Etat était dépassé par les évènements.
La nouvelle Constitution qui est née en divisant le pays doit désormais passer l’épreuve des urnes. Ce qui est vraiment nouveau dans ce texte généreux mais législativement bancal, c’est la détermination d’un Etat Plurinational et Communautaire qui ne peut pas se diviser. Formulation ambigüe qui vise à prendre en compte dans son fonctionnement un modèle économique pluriel qui respecte les différentes formes de production de richesses et de propriété (publique, privée et communautaire) qui existent « historiquement dans le pays ». Par exemple la propriété des hydrocarbures est déclarée « propriété inaliénable du peuple bolivien ». Avant l’arrivée de Morales au pouvoir en janvier 2006, seulement 15 pour cent des hydrocarbures appartenait à l’Etat, désormais c’est environ 50 pour cent.
Le plus étrange c’est que dans ce nouveau dialogue engagé entre le gouvernement et les préfets, une sorte de commission commune est prévue pour adapter le nouveau texte constitutionnel aux exigences autonomistes des départements, alors même que la campagne pour le non et pour le oui à la Constitution a déjà été entamée par les deux parties.
[i] Car la géographie des 5 départements concernés : Beni, Pando, Cochabamba (qui n’en fait pas « officiellement » partie mais qui y est associée), Tarija et Santa Cruz forment une sorte de croissant, une demi-lune.





Et de quattre ! Le quatrième forum de tourisme solidaire et communautaire organisé par Tusoco[1] s’est déroulé du 26 au 28 novembre à San Ignacio de Velasco, petite ville de caractère à l’Est de la
Bolivie dans la région de la Chiquitania. Ce forum est le premier à être organisé uniquement par des acteurs de la société civile. Etaient conviés tous les protagonistes du tourisme en
Bolivie : les différentes autorités administratives ; municipalités, préfectures, gouvernement, mais aussi les acteurs du secteur privé, les universités, et même des représentants
de la coopération internationale. Ce forum avait pour but de présenter la réalité nationale du tourisme communautaire, d’organiser des débats pour faire naître des idées constructives et surtout
de s’accorder sur des projets concrets pour l’année 2008. En dépit d’une participation plus faible que prévue due principalement aux blocages routiers dans tous le pays, un manifeste
prometteur est sortie de cette rencontre.
Tusoco est une association qui coordonne et représente 18 circuits et projets communautaires répartis dans toute la Bolivie. Tusoco est née d’une rencontre[2] en France, à Marseille, en octobre 2003 autour d’un but principal : créer un tourisme alternatif en Bolivie. Mais alternatif à quoi? Au tourisme de masse, destructeur de la nature et des cultures qu’il « fréquente », un tourisme que personne ne contrôle et qui beneficie essentiellement a des opérateurs prives. Et c’est désormais cette philosophie qui guide les actions de ce réseau formé par les communautés elles mêmes comme le démontre ce quatrième forum.
Un forum intensif et constructif
Le programme du forum sur ces trois jours était dynamique mais chargé. Le premier jour fut consacré à une présentation générale des buts du forum ainsi qu’une brêve intervention de chacun de ses participants. Dans l’après midi des premières tables de travail ont été mises en place autour de la définition du tourisme communautaire et de sa place dans le développement économique rurale bolivien. Pour finir autour d’un grand débat qui confrontait les diverses conclusions de chaque table. Les 70 participants au forum, au lieu des 150 escomptés, ont pu passé le deuxième jour au sein d’une communauté membre du réseau Tusoco, San Juancito, située à seulement 30 minutes de San Ignacio de Velasco afin de partager la réalité d’une expérience communautaire en construction. Le troisième jour fut relativement chargé. Après les interventions de la coopération internationale, incarnée par l’Ambassade de France, un des principaux financeurs du Forum, et une ONG italienne, de nouvelles tables ont travaillé les conclusions du Forum. Avec comme thème principal le rôle que doit jouer chacun et comment coordonner et articuler les divers acteurs du tourisme.
Des résultats prometteurs
Le manifeste signé par tous les participants à la fin du troisième jour regroupe les diverses conclusions du forum en neuf points. En premier lieu encourager Tusoco à continuer son rôle de représentation de ses communautés devant le gouvernement, notamment à travers des actions comme son projet de loi sur le tourisme durable déposé le 16 novembre dernier à La Paz. Trois points concernent les politiques publiques que doivent mener les diverses autorités étatiques, départementales et municipales pour développer le tourisme communautaire et solidaire. En faisant par exemple la publicité de ce nouveau type de tourisme. Un partenariat est également prévu entre l’université publique San Simon de Cochabamba et Tusoco pour faire des formations et créer un diplome spécifique pour les guides dans les communautés.
Il reste à déplorer l’absence du Vice ministère du tourisme [3] lors de cette rencontre, absence tant physique que financière. Mais il faut saluer l’effort réalisé par certaines municipalités, universités ou représentants des communautés, qui ont parfois voyagé plus de deux jours pour pouvoir participer à l’évènement.
Ce forum fait partie de la construction d’une dynamique économique basée sur les richesses culturelles et naturelles de la Bolivia impulsée par Tusoco
depuis bientot 4 ans, mais une construction locale, responsable, encadree, bref durable.
Geoffrey
[1] La red Tusoco: Turismo Solidario Comunitario; réseau de tourisme solidaire et communautaire qui regroupe 18 circuits et projets communautaires différents dans toute la Bolivie. Tusoco est un partenaire de FDH depuis sa création en 2003-2004, contact> www.tusoco.com
[2] Il s’agissait du premier Forum International de Tourisme Solidaire (FITS) avec plus de 300 participants venant de différentes parties du monde. Cette première rencontre a débouché sur l’élaboration d’une stratégie visant la mise en place de nouvelles modalités de tourisme dans les pays du Sud comme du Nord.
[3] Vice ministre car il n’y a pas de ministère du tourisme en Bolivie seulement un Vice ministe : Ricardo Cox

Après un an de préparation et de rédaction, la remise officielle de la loi sur le « tourisme durable » auprès du Congrès national de Bolivie a eu lieu le mardi 13 novembre. Cette loi est le fruit du travail de l’association Tusoco[1] qui représente et coordonne au niveau national 15 projets touristiques communautaires. Cette loi propose une législation qui permettrait le développement d'un tourisme alternatif. Mais alternatif a quoi? Au tourisme de masse, destructeur pour les communautés, que personne ne contrôle ni n'encadre et qui bénéficie essentiellement aux opérateurs privés. Le but principal de cette loi est de construire une dynamique économique qui soit à la fois locale, nationale, partagée, responsable, et encadrée, en bref durable.
Créer une dynamique nationale en partant du local
Locale, car le tourisme communautaire est au centre du projet avec une idee simple; qui mieux que l’habitant peut faire découvrir sa propre région? Nationale, car organisé en réseau, avec Tusoco, ce type de tourisme peut peser réellement à l’échelle de la Bolivie. Partagée, car la première règle du tourisme communautaire est qu’une partie de ses ressources générées bénéficie à toute la communauté. Responsable, car des formations de guides (en environnement, en santé, en éducation,...) sont prévues pour quelques membres des communautés qui décident de se lancer dans ce tourisme alternatif. Encadrée enfin, car pour chaque projet une série de normes doivent être respectées afin que le mot tourisme ne rime plus avec celui de dégradation.
Un tourisme plus accessible
Le vote de cette loi en séance plénière devrait avoir lieu dans environ 6 mois. La proposition de loi est soutenue par Hilario Callisaya Quispe[2], membre du MAS (Movimiento Al Socialismo), le parti au pouvoir qui detient donc la majorite au Congrès. De ce fait il y a peut être une chance que la loi soit votée plus facilement. Le principal frein au bon déroulement de cette procédure devrait venir du Sénat, tenu par l’opposition, en d’autres termes composé d’une majorité de droite.
Cette loi contient également une vision sociale car elle impose des prix préférentiels pour certaines populations défavorisées. Le développement du tourisme national, notamment à travers des partenariats avec des écoles, représente un défi colossal que cette loi commence à relever.
Si le tourisme communautaire peut revêtir plusieurs formes (l’ethnotourisme, l’écotourisme, etc.) un de ses principaux buts est de construire un tourisme qui va à la rencontre d’une certaine culture et non l’inverse.
GLG

Photo 2 :
Lors de la remise de la loi au Congres national dans l’ordre : le vice ministre (R. Cox), le deputé (H. Callisaya) et le vice president de Tusoco (J.C. Pesoa) © GLG
[1] Red Tusoco: Red Boliviana de Turismo Solidario Comunitario; Réseau Bolivien de Tourisme Solidaire et Communautaire.
[2] Hilario Callisaya Quispe est le deputé responsable du comité des ethnies et des communautés originaires auprès de la chambre des députés bolivienne.
Photo 1 :
Le Congrès national de Bolivie (l’équivalent de notre Assemblée nationale) © GLG









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